Salles de Bingo au Canada

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Les bingos canadiens craignent de disparaître après le départ des fumeurs. Franchir la porte de l'immense salle de bingo P.A.T à Pointe-aux-Trembles donne l'impression d'entrer au temple du tabac.

Des cendriers trônent sur chaque table. Plus de la moitié des joueurs fument. De la fumée est suspendue en permanence devant l'estrade où les boules de bingo sautent comme du pop corn.

Dans cette salle de 700 places, les rares non-fumeurs suivent la partie dans l'«aquarium», un espace vitré qui ressemble à un fumoir à l'envers -ce sont ceux qui sont à l'extérieur qui fument.

À partir du 31 mai, il sera interdit d'allumer une cigarette dans les quelque 600 salles de bingo du Québec, un scénario qui effraie les propriétaires. À commencer par Claude Bougie, actionnaire de la salle P.A.T et président de l'Association des gestionnaires de salons de jeux du Québec.

«Plus de 63% de la clientèle des bingos du Québec fume, dit-il. Durant la soirée, plus le gros lot est important, plus les gens se mettent à fumer. Si ça devient non-fumeur, ils ne viendront plus au bingo. C'est aussi simple que ça.»

Le nouveau règlement antitabac, dit-il, serait plus accommodant s'il permettait aux propriétaires de salle d'aménager un fumoir. Or, la loi est claire: aucune salle ne peut être aménagée pour les fumeurs. Ceux-ci devront aller fumer à l'extérieur.

Ailleurs au pays, l'application des lois antitabac plus sévères a fait mal à l'industrie du bingo et aux organisations caritatives qui financent leurs activités avec les recettes des bingos.

«En Colombie-Britannique, l'application des règlements a duré seulement 80 jours, mais a causé des pertes de revenus de 8 millions. Ici, ça va être catastrophique, c'est certain. Moi, si je perds 20% de mon chiffre d'affaires, je ne fais plus mes frais, car les propriétaires de salles sont payés en foncè005 . 0000.00étion des revenus des organismes de charité. En bas d'un certain seuil, on ne touche pas un sou.»

Des joueurs rencontrés cette semaine à la salle P.A.T semblaient divisés sur l'utilité de la nouvelle loi. Lise Lussier, fumeuse invétérée qui y va tous les jours, soutient qu'elle restera à la maison si elle ne peut plus fumer en jouant. «Notre vie, c'est notre vie, dit-elle. Il y a beaucoup d'argent qui se dépense ici, et ce sont surtout les fumeurs qui jouent. Je crois que la loi fera baisser la popularité du bingo.»

Une joueuse non fumeuse, qui a demandé à ne pas voir son nom imprimé dans le journal, soutient en revanche qu'elle compte pratiquement les jours avant l'entrée en vigueur de la loi antitabac. «Ça n'a pas d'allure à quel point ça sent la cigarette ici. Même dans l'aquarium, il y a toujours de la fumée parce qu'ils laissent souvent la porte ouverte. On pue quand on arrive à la maison.»

Depuis sa fondation, en 1997, la Société des Bingos du Québec, une division de Loto-Québec, a distribué près de 71 millions de dollars à divers organismes à but non lucratif détenteurs d'une licence de bingo.